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À travers le destin du doge Francesco Foscari et de son fils Jacopo, accusé de haute trahison, ce documentaire raconte l’apogée et la face sombre de la république vénitienne.
Dans la première moitié du XVe siècle, Venise, au faîte de sa puissance, règne sur la Méditerranée et la mer Noire grâce à son empire maritime. Élu doge en 1423, Francesco Foscari, le chef de la République, incarne cette période florissante. Mais son exercice autoritaire du pouvoir et sa politique d’expansion terrestre, au prix d’une guerre coûteuse contre le duché de Milan, lui valent des ennemis. À commencer par le clan Loredan, partisan de la prudence, qui briguait la corne ducale. Pris dans ces rivalités entre familles patriciennes, Jacopo, le fils de Francesco, est accusé de haute trahison et de meurtre. Malgré sa position, le doge – qui a déjà perdu ses trois aînés, emportés par la peste – ne peut rien pour lui éviter la torture et la relégation en Crète... Fragilisé par la chute, en 1453, de Constantinople, capitale de l’Empire byzantin avec laquelle la Sérénissime entretenait d’étroites relations, et dévasté par la mort de Jacopo, Francesco Foscari est déposé en 1457.
Des palais aux marchés
À travers la tragédie des Foscari, qui inspira les artistes (Verdi, Lord Byron…) et façonna le mythe de Venise, ce documentaire plonge dans la dualité d’une époque aussi flamboyante que funeste, gangrenée par les intrigues. Système politique, commerce, architecture, diplomatie… Des splendeurs du palais des Doges au marché du Rialto en passant par un ancien hôpital dédié aux pestiférés, le film, qui comporte des séquences générées par l’intelligence artificielle, donne un riche aperçu de la vie dans la cité lagunaire durant cet âge d’or tumultueux en combinant archives, éclairages d’historiens, animations et visites guidées.
Victoria Abril et Marisa Paredes dans un mélodrame aussi poignant qu’extravagant, signé Pedro Almodóvar.
Après quinze années d’absence, Becky Del Paramo, célèbre chanteuse et actrice des années 1960, revient à Madrid et y retrouve sa fille, Rebeca, qu’elle a délaissée au profit d’une carrière internationale. Rebeca est devenue présentatrice du journal télévisé d’une chaîne privée dirigée par son mari, Manuel. Becky découvre que son gendre n’est autre qu’un de ses anciens amants, et qu’il a l’intention de divorcer de Rebeca. Quelques jours plus tard, Manuel est assassiné chez lui. Alors qu’elle annonce la nouvelle en direct à la télévision, Rebeca s’accuse du meurtre de son mari. Le juge Domínguez, chargé de l’enquête, pense qu’elle cherche à protéger le véritable coupable...
Amor à mort
Entre mélodrame, comédie musicale et enquête policière, Pedro Almodóvar met en scène la relation douloureuse et complexe entre une mère préoccupée par sa carrière, et toujours absente, et sa fille, qui n’a cessé de rechercher son amour tout en lui vouant une admiration sans limite. Entraînées par une bande-son extraordinaire, deux égéries d’Almodóvar, Victoria Abril et Marisa Paredes, interprètent magistralement ces deux femmes à la fois touchantes et extravagantes. L’humour et les plaisirs de la chair, caractéristiques du cinéma d’Almodóvar, apportent légèreté et fraîcheur : on les retrouve notamment dans une scène d’amour devenue culte, où Rebeca se laisse transporter par Letal, un travesti qui parodie Becky dans un cabaret.
Veuf depuis peu, Mokichi Asai, qui a fui Tokyo pendant la guerre pour s'installer à Nara, vit avec ses trois filles dans une belle demeure traditionnelle : Setsuko, la turbulente benjamine, qui rêve de retourner à la capitale ; Ayako, la cadette, secrète et élégante ; et leur aînée, Chizuru, revenue chez son père après la mort prématurée de son mari, qui s'occupe de la maisonnée. Shoji, le jeune beau-frère de cette dernière, angliciste distingué mais au chômage, fait presque partie de la famille, et habite à proximité, dans un temple. L'un de ses amis, Shunsuke, qui a passé des vacances avec les Asai quelques années plus tôt, vient leur rendre visite. Setsuko constate qu'il garde d'Ayako un souvenir très précis…
Amours à l'ancienne
Auteur principal du scénario, qu'il pensait porter lui-même à l'écran, Ozu y a glissé quelques-uns de ses thèmes de prédilection : la difficulté d'exprimer ses sentiments dans la culture traditionnelle japonaise, les liens familiaux et la manière dont ils entravent parfois les désirs individuels. Pour des raisons de production, Kinuyo Tanaka, actrice principale de ses premiers films qu'il a encouragée à passer à la réalisation, signe finalement cette comédie légère sur l'amour et le mariage. Comme toujours, son attention se porte sur les femmes, notamment sur l'espiègle Setsuko, trop pressée de se mêler des amours d'autrui pour voir clair dans les siennes. Dans un noir et blanc splendide, qui exalte la beauté des interprètes comme des temples, parcs et demeures de l'antique Nara, on retrouve avec plaisir, dans le rôle du père, la douceur du grand Chishû Ryû, acteur fétiche d'Ozu. Si, d'un point de vue féministe, la conclusion de ces marivaudages sous la lune peut sembler décevante, c'est aussi que Kinuyo Tanaka, qui joue elle-même le rôle d'une servante, n'a pas voulu modifier un mot du scénario.
À la faveur d’une première rétrospective à Paris, une exploration de l’univers de la peintre suédoise Hilma af Klint (1862-1944), pionnière longtemps ignorée de l’art abstrait, à l’œuvre infusée d’une profonde spiritualité.
En avant-gardiste, elle déclinait ses œuvres en séries, bien avant cette pratique de la modernité. Surtout, plusieurs années avant Kandinsky et Mondrian, la Suédoise Hilma af Klint, née en 1862 dans une famille de marins et de scientifiques, a peint les premières toiles abstraites de l’histoire de l’art, longtemps restées à l’abri des regards. Car selon ses dernières volontés, sa production ne devait être dévoilée que vingt ans après sa mort. Mais il faudra attendre 1986 pour découvrir ses immenses tableaux énigmatiques, puissamment colorés et infusés d’une profonde spiritualité, où se mêlent motifs géométriques, figures organiques et symboles mystiques : un art cryptique qui préfigure le surréalisme, voire le psychédélisme des années 1970. À l’aube du XXe siècle, face à la marche du progrès, l’Europe succombe à la mode du spiritisme. Lors d’une séance à Stockholm en janvier 1906, cette ancienne élève de l’Académie royale des beaux-arts, marquée par la mort d’une petite sœur, entend une voix qui lui confie la mission de capturer le monde spirituel dans sa peinture. Habitée, elle produit sa série "Primordial chaos". Hilma af Klint va dès lors mener de front une double vie, entre peintures figuratives, qui lui permettent de la gagner, et création quasi clandestine, inspirée de ses visions intérieures, qu’elle poursuit avec quatre autres femmes artistes – le "Groupe des 5". Amoureuse de la nature, elle affirme communiquer avec "l’âme des fleurs" et de tous les êtres vivants, les représentant dans un cosmos panthéiste. Dans l’intimité, l’artiste se partage aussi entre austérité luthérienne et passions féminines, interrogeant librement le genre et l’identité.
Peintre de l’invisible
À travers ses tableaux (comme La pyramide, le plus célèbre), dessins, carnets, et en archives, le film resitue l’univers pictural révolutionnaire de Hilma af Klint dans son époque, sous la double influence d’avancées scientifiques et de courants ésotériques, comme la théosophie de Rudolf Steiner. Auprès de ses descendants et d’historiens de l’art se dessine le portrait singulier d’une peintre de l’invisible, artiste hors norme, mystérieuse et transgressive. Celle qui imaginait un temple pour accueillir son œuvre pionnière connaîtra une gloire posthume au musée Guggenheim de New York en 2018, écrin idéal pour le motif récurrent de la spirale dans ses toiles, avant la grande exposition que lui consacre aujourd’hui à Paris le Grand Palais avec le Centre Pompidou.
Construit comme une partition de jazz, et légendé par sa voix off éraillée et les musiciens qui l’ont accompagné, le portrait du génial trompettiste-compositeur Miles Davis, qui grava, de son souffle unique, quelques-unes des plus belles pages du genre.
"La musique a toujours été une malédiction pour moi. J’y pense en me couchant et en me levant…" L’obsession magnifique saisit Miles Davis dès l'âge de 13 ans, quand son père, riche dentiste dans un sud des États-Unis ségrégationniste qui n’épargne pas sa famille, lui offre, en 1939, une trompette. L’adolescent absorbe alors tous les sons, de la forêt aux oiseaux, pour nourrir un génie précoce, qui le conduit sur scène dès ses 17 ans. Dans les pas de ses idoles prophètes du be-bop, Charlie Parker et Dizzy Gillespie, le prodige plonge bientôt dans l’incandescence de la 52e rue à New York, laboratoire du jazz moderne, où s’entrelacent chaque nuit pouvoir de la Great Black Music, sensualité et fulgurances. Par l’élégance et le lyrisme ensorcelant de sa musique, le trompettiste compositeur à la souveraine beauté invente un son pur, gravé sur l’album iconique Birth of the Cool en 1949. Mais le racisme mine l’artiste, qui s’envole pour Paris, où la liberté, tout comme son intense histoire d’amour avec Juliette Gréco, dans l’euphorie de l’après-guerre, le galvanisent. Ses démons le rattrapent à son retour, lorsque Miles sombre dans l’héroïne, avant de renaître, tel un phœnix, dans un nouveau quintette avec Coltrane. Inspiré par la danseuse Frances Taylor, sa muse et compagne, ce maestro de l’improvisation, qui colle le pavillon de sa trompette au micro et casse les codes avec panache, tutoie les sommets, signant la mythique BO d’Ascenseur pour l’échafaud et l’entêtant Kind of Blue. Star glamour des sixties, Miles roule en Ferrari et s’habille en prince, rebelle. Sorcier de pénétrantes mélodies – "So What", "Round Midnight"… –, l’artiste phare de la Columbia ne cesse jamais de se réinventer. Captant les pulsations de son temps, il sait repérer les jeunes talents auxquels il s’adjoint, dont Herbie Hancock ou Quincy Jones. Explorer toujours l’inconnu, l’enfer aussi, quand sa jalousie le rend fou ou que les violences policières dont il est victime le précipitent durablement dans un trou noir, jusqu’à l’ultime résurrection.
Le goût du danger
Produisant un son si beau qu’il transperce les âmes, Miles Davis (1926-1991) s’est employé avec un suprême raffinement à briser les frontières. Emmené par sa voix éraillée, ce film, construit comme une partition de jazz, dessine le portrait de ce visionnaire aussi sincère qu’orgueilleux, qui flirtait avec le danger sur scène comme dans la vie. Be-bop, cool jazz, musique orchestrale, fusion et même précurseur du hip-hop : le trompettiste, ami de Prince, était assoiffé d’expériences avant-gardistes. En un kaléidoscope de formidables archives – l’empereur "Miles" fascinait photographes et cameramen – et au fil de témoignages de musiciens – Carlos Santana, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Quincy Jones ou René Urtreger…–, de ses enfants et des femmes qu’il a aimées, dont Juliette Gréco, Frances Taylor ou Jo Gelbard, avec laquelle il s’adonna à la peinture, un fabuleux retour sur le parcours d’une légende, rongée par ses addictions et les discriminations.
Retour sur ses vingt-quatre ans de règne et les événements qui ont conduit à sa condamnation à mort.
Second fils de Jacques VI Stuart, qui deviendra roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier, Charles Ier d’Angleterre accède au trône en 1625, à 25 ans. S’il commence par se présenter comme un allié du Parlement, il se révèle vite absolutiste et entre en conflit avec ses membres. L’influence de son favori, George Villiers, premier duc de Buckingham, inquiète la population, qui voit dans le monarque un homme indécis et peu sûr de lui. Quant à sa femme, Henriette-Marie de France, la plus jeune fille d’Henri IV, elle est catholique, ce qui déplaît aux protestants. Charles Ier multiplie également les faux pas diplomatiques : il provoque et perd une guerre avec l’Espagne, puis se met à dos la monarchie française en soutenant les huguenots. En manque d’argent, il renvoie le Parlement, qui lui refuse de nouveaux financements, et gouverne sans le convoquer pendant onze ans : c’est la période dite de la tyrannie.
Guerre civile
Lorsque les Écossais se révoltent, une guerre civile éclate entre les royalistes et les parlementaires rebelles. Charles Ier en sort perdant. Après un ultime retournement de situation, son grand ennemi Oliver Cromwell obtient du Parlement la condamnation à mort du roi, qui sera décapité le 30 janvier 1649. Nourri d’interventions d’historiens, ce documentaire brosse un portrait captivant du souverain qui, bien malgré lui, mena l’Angleterre à la première révolution de son histoire. Celle-ci s’acheva par l’instauration d’une république pour une décennie. Un documentaire éclairant sur un épisode méconnu de l’histoire de la monarchie britannique.
Réputé stupide et – si l'on en juge par le traitement que lui réserve l'humanité –, insensible, le poulet est en réalité l'un des oiseaux les plus intelligents qui soient, comme le révèle cette incursion au cœur d'un élevage canadien en plein air, dans la ferme familiale de Hillpoint, sur l'île de Vancouver. Certes, ces cinquante poules pondeuses et coqs hauts en couleur sont incapables de voler, mais ils disposent d'atouts insoupçonnés. Leur puissance cérébrale les rend non seulement aptes à se reconnaître dans un miroir, mais aussi à identifier des couleurs, des lettres et des chiffres, tandis qu’un système sensoriel sophistiqué leur permet de tirer le meilleur parti de leur environnement. Sans oublier l'extraordinaire diversité de variétés et de plumages dont la nature a doté ce lointain arrière-cousin du dinosaure… À l'instar du professeur Suresh Neethirajan, qui étudie le mode de communication vocale et l’organisation sociale complexe des poulets, la science s'intéresse de plus en plus à leurs stupéfiantes ressources.
Hybrides
Aussi réjouissante qu'instructive, cette revue de détail à hauteur de poulet rappelle que la domestication de ce dernier remonte à quelque 3 600 ans, en Thaïlande, d'où il a progressivement conquis le monde depuis l'Asie et le Proche-Orient. À la faveur d'un détour par une ferme normande, qui a sauvé de l'extinction l'antique et superbe poule Crèvecoeur, on apprend aussi que 90 à 95 % des gallinacés sur Terre appartiennent désormais à des races hybrides, mises au point pour fournir un rendement maximum d'œufs et de viande, mais plus vulnérables face aux virus.
Aux côtés de la fondation Gasol, cette enquête parcourt l’Europe et les États-Unis pour exposer les causes et les graves conséquences de cette épidémie qui progresse à une vitesse inquiétante.
C’est une épidémie planétaire en constante progression, aux statistiques alarmantes : l'obésité infantile touche désormais plus de 400 millions d'enfants dans le monde, faisant de cette jeune génération la première, dans l’histoire contemporaine, à être en moins bonne santé que celle de ses parents et à jouir d’une moins bonne espérance de vie. De graves maladies métaboliques jusqu’alors observées seulement chez les adultes, comme le diabète de type 2, se manifestent de plus en plus tôt. Les causes de ce fléau sont connues : les aliments ultra transformés aux publicités omniprésentes, qui ciblent l’enfance et envahissent les cantines scolaires, mais aussi une dépendance aux écrans qui va croissant, engendrant sédentarité et perturbation du sommeil, qui influencent à leur tour le métabolisme. Pour les jeunes et leurs parents, la prévention passe par une prise de conscience de ces causes – mais les changements les plus importants sont collectifs, et concernent les modes de vie qui nous sont imposés…
Bombe à retardement
De l'Europe aux États-Unis, cette enquête suit le travail de la fondation créée il y a une dizaine d’années par l’Espagnol Pau Gasol, ancienne star de la NBA, et son frère Marc Gasol (lui aussi basketteur de haut niveau), qui vise à lutter contre les conditions favorisant cette épidémie invisible. Leurs missions : éduquer les citoyens à l’équilibre alimentaire, militer pour favoriser un meilleur accès à des produits sains et limiter les pouvoirs des entreprises et des publicitaires… Le documentaire part également à la rencontre de spécialistes et de familles pour qui la lutte contre l’obésité infantile est un combat quotidien. Dans l’espoir, sinon d’inverser la tendance, du moins de ralentir la progression de l’épidémie : une crise de santé publique aux airs de bombe à retardement.
Une analyse fouillée des raisons de cet aveuglement et du défi que représente le réarmement du continent face à la menace russe et au risque de désengagement américain de l’Otan.
Après l’éclatement de l’URSS, l’idée que la guerre appartiendrait au passé s’est installée en Europe. La plupart des pays ont réduit leurs investissements militaires, privilégiant les dépenses sociales et comptant, pour leur protection, sur les États-Unis via l’Otan, l’alliance créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour contenir l’expansion soviétique. Mais aujourd’hui, ce modèle vacille. Alors que la Russie de Vladimir Poutine mène une guerre meurtrière en Ukraine et déstabilise les démocraties libérales à travers des opérations hybrides, les Européens font également face aux attaques des États-Unis, qui ont le sentiment depuis longtemps déjà d’être les seuls à payer pour la sécurité du continent. Donald Trump est même allé jusqu’à envisager d’annexer le Groenland, territoire autonome du Danemark faisant partie de l’Otan. Sous sa pression, et face aux périls qui les guettent, les pays membres de l’organisation investissent aujourd’hui massivement dans leurs industries de défense et leurs armées, pour certaines atrophiées. Parmi eux, des voix plaident pour une autonomie stratégique, à l’instar d’Emmanuel Macron. En mars 2026, celui-ci a ainsi ouvert la voie à un partage de la dissuasion nucléaire française. Mais entre divergences de vues, compétition entre partenaires, dépendance aux armes américaines ou encore retard technologique, le chemin vers une défense commune est semé d’embûches...
Course contre la montre
Ce documentaire réunit des experts, des militaires et des responsables politiques de plusieurs pays – des États baltes à l’Espagne en passant par la France, l’Allemagne et la Pologne – pour explorer les causes de l’aveuglement stratégique européen des dernières décennies et dresser un état des lieux des menaces qui ont conduit au réveil. Alors qu’une course contre la montre est désormais engagée pour le réarmement, le film interroge également les moyens à mettre en œuvre pour renforcer la souveraineté et la résilience de l’Europe dans un contexte de retour de la conflictualité et d’affaissement du droit international.
Une pénétrante métaphore de la colonisation de la Palestine.
Dans les années 1980, le futur réalisateur israélien Daniel Mann, comme beaucoup d'autres gamins de son âge, découvre avec excitation que Sylvester Stallone, auréolé de la gloire des deux premiers Rambo, s’apprête à débarquer dans son pays pour tourner le troisième volet de la série dans le désert du Néguev. Alors que la guerre fait toujours rage en Afghanistan, le film met en scène le ralliement du héros, venu sauver un ami de la CIA, au combat des moudjahidine contre les troupes soviétiques. Daniel Mann ne sait pas encore que ces terres arides et "vides", dont les Bédouins ont été violemment chassés au fil du temps, sont régulièrement proposées à l'industrie américaine du cinéma – contre une confortable rétribution – par l'armée israélienne, qui offre également en option l'usage de son propre armement. À la lumière d’archives déclassifiées de Tsahal et dans les pas de Bashir, un peintre, accessoiriste et militant bédouin qui travailla jadis sur le tournage, le réalisateur en revisite les lieux. Saisissante méditation par et sur l'image, son film sonde le rôle du cinéma dans la construction d’un imaginaire colonial du territoire, qui parachève et masque en même temps la dépossession méthodique des terres palestiniennes au profit de l'État hébreu.
La piste Rambo
Pour rendre plus "afghan" le Néguev, et accréditer l'idée de hautes montagnes au sommet enneigé, la lumière du soleil fut parfois bleutée lors des prises de vue de Rambo III. Cette distorsion de la réalité pourrait paraître anecdotique mais Daniel Mann fait de son cheminement le long du "Rambo Trail" – devenu une destination touristique à part entière en Israël – un pénétrant outil de déconstruction. Grâce notamment au récit de Bashir et à la précision de sa mémoire, son film-essai dévoile derrière les truquages du blockbuster ceux que les vainqueurs infligent aux faits. Tous deux, témoin et réalisateur, font ainsi apparaître en creux l'histoire longue du conflit israélo-palestinien et sa représentation tronquée, qui prend soin d'effacer les voix des victimes et les traces de leur spoliation.



